Albert Memmi, un écrivain engagé
C’est parce qu’il a vécu les injustices de la colonisation, le racisme, la dépendance, qu’Albert Memmi a choisi d’écrire. Profondément marqué, il ressent le besoin d’exorciser et surtout de comprendre. Alors il témoigne. Composée d’une trentaine d’ouvrages, sa bibliographie est un foisonnement de genres et de thèmes différents. Certains de ses écrits ont été traduits dans une vingtaine de langues, comprenant le basque et l’arabe.
« Se mettre dans la peau des autres », c’est ainsi que l’auteur définit son art et c’est là que réside tout son génie. Les écrits d’Albert Memmi sont autant de plaidoyers et de démonstrations dans lesquels il invite le lecteur à comprendre l’autre. Sa triple appartenance : juive, tunisienne et française, lui permet de se remettre sans cesse en question. Au carrefour des contradictions
Albert Memmi est né en 1920 à Tunis, alors sous domination française. Sa famille est très pauvre : « nous étions tous sous-alimentés, tous chétifs » écrit-il dans son livre « La statue de sel ». Son père est artisan, juif d’origine italienne et sa mère est berbère. Il souffre de la condition de juif arabe, qui fait de lui un étranger dans son propre pays : « j’étais une espèce de métis de la colonisation, qui comprenait tout le monde, parce qu’il n’était totalement de personne » explique-t-il dans la préface de son livre « Portrait du colonisé ». Grâce à une bourse, il entre au lycée Carnot à Tunis. Il y fait des rencontres décisives, « Jean Amouche m’a initié à la littérature, Aimé Patri à l’amour de la philosophie et de la réflexion ». Profondément marqué par ses professeurs, il fait le choix de devenir à son tour enseignant. Il étudie la philosophie. Mais il est bientôt rattrapé par l’Histoire : chassé de l’université d’Alger par les lois de Vichy, il est envoyé dans un camp de travail. Il décide alors de poursuivre ses études à la Sorbonne et met de côté la philosophie : « je voulais saisir le concret, c’est pourquoi j’ai fait de la sociologie » explique-t-il. Il quitte définitivement la Tunisie en 1956 car « la nation tunisienne était née avec Bourguiba que j’ai connu personnellement, j’ai estimé qu’elle n’avait plus besoin de moi ». Il s’installe à Paris, enseigne et commence à écrire.
Un écrivain engagé
« Toute mon œuvre au fond, est une tentative de prendre conscience d’éléments à la fois subjectifs et objectifs ». Albert Memmi vit de façon intime tout ce qu’il écrit. Sa différence, c’est ce recul qu’il puise dans ses racines. La connaissance intime des choses, lui vient de son vécu : la colonisation durant son enfance, la condition de juif, la maladie qui lui a permis d’analyser l’état de dépendance… « Je prends des notes tout le temps. Quelque chose me frappe, je le note et un jour cela ressortira dans un de mes livres ». Albert Memmi est considéré aujourd’hui comme la voix des minorités. « Je suis un écrivain engagé, je n’ai pas peur de ce mot » déclame-t-il. Tout au long de sa carrière, il signe de nombreux articles dans le journal Le Monde. L’auteur réagit, témoigne sur tout ce qui le touche. Il prend le parti de ne pas être un simple observateur. Il participe en 1973 à un important colloque sur le conflit israélo-arabe car il éprouvait le besoin d’apporter sa voix de « Juif-Arabe ».
Principaux écrits
1955 : Agar
1957 : Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, préface de Jean-Paul Sartre 1962 : Portrait d’un juif 1966 : La statue de sel, préface d’Albert Camus 1969 : Le scorpion 1977 : Le désert 1979 : La dépendance 2000 : Le nomade immobile Rose Villeneuve Mercredi 23 Mai 2007
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