La Trempe, Magyd Cherfi
La Trempe est un recueil de nouvelles dans lequel Magyd Cherfi raconte une société où les immigrés et les pauvres sont à l’étroit, sans avenir et sans espoir de n’être jamais acceptés.
Dans son premier récit, on se retrouve en tournée avec le groupe Zebda dont Cherfi est l’ex parolier. Ils sont blancs, ils sont beurs, ensemble dans la même aventure. Le ton est nostalgique et l’écriture est belle lorsqu’il évoque leur précieuse cohésion : « Je peux le dire ce soir, je me sers et je me pare pour le show, vous m’habillez comme si tout le groupe était un de mes membres. » (p.10) Pour tous, la musique est la seule chance de sortir de leur condition et de changer le monde, mais leur idéalisme se heurte à la triste réalité. Ce soir le concert avait lieu dans une banlieue pauvre, comme si la misère leur collait aux basques. La soirée a mal tourné et des projectiles ont été lancés sur eux, mettant fin à la représentation. Magyd Cherfi s’interroge : « Pourquoi ? » Pourquoi la ghettoïsation, pourquoi la pauvreté, pourquoi est-il condamné à souffrir de son arabité ?… L’illusion d’une issue à sa souffrance laisse place au fatalisme, « la destiné des médiocres ouvre la route la plus étroite.» (p.9) Changement de décor, Cherfi à onze ans, il vit à Toulouse. Il passe ses journées dans la rue lorsqu’il a finit ses tâches ménagères. Il doit « durcir sa peau » (p.36) pour affronter les épreuves qu’il rencontrera plus tard. Cherfi regrette que sa voisine, la sœur Marie-Madeleine, ne soit pas mieux admise par les siens. Les immigrés aussi ont leurs intolérances. Et puis il raconte les ambitions de sa mère pour lui et ses frères, son amour étouffant et celui de toutes ses tantes, de toutes les femmes. Sans cesse, elles les embrassaient, lui, ses frères, tous les garçons. Elles les embrassaient tout le temps et partout, parce qu’elles voulaient s’oublier dans l’amour de ces fils et par la même oublier leur condition : « L’oppression était telle qu’elles savaient s’évacuer du réel en se retirant sous leur propre peau. » (p.66) Cherfi revient avec émotion sur la misère de leur appartement, la mort d’un père et puis surtout, à travers tout ça, il parle politique, il parle insertion, il parle de la France. Il demande l’égalité pour les Arabes, pour les musulmans et pour les noirs. Il enfonce ceux que « les Français » aiment : Zouk Machine, Bigard et Jean Reno, qu’il apparente à des prospectus de chez Carrefour parce qu’ils ne revendiquent rien. Contestataire, La Trempe dénonce la fracture sociale par une critique acerbe de la société. Après tout, Magyd Cherfi est comme tous les français : il râle. Alix Rufener www.lafactory.com La Trempe - Magyd Cherfi. 160 pages. 11,5 x 21,7. Editeur : Editions Actes Sud (août 2007). Textes français. ISBN 978-2-7427-6904-9 / AS5015. Prix de vente : 15,00 € Vendredi 14 Septembre 2007
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