Mariage entre déception et persévéranceUn mariage sur deux en ville, se termine par un divorce, une vraie loterie du bonheur. Pourtant, l’an passé, 275 000 candidats optimistes ont tenté leurs chances. Parmi eux, beaucoup de maghrébins qui, par pression familiale, amour ou envie de « se poser », se lancent à corps perdu dans l’aventure. Les restrictions religieuses, traditionnelles ou familiales conduisent souvent les futurs époux à se presser. Cette méconnaissance, l’un de l’autre peut engendrer déception et désillusions ou au contraire susciter l’amour vrai. Une sorte de quitte ou double donc !
« Un homme et une femme, ils tombèrent amoureux, et vécurent heureux pour toujours », c’est le scénario type de nombreux films romantiques ou des contes de fées qui ont bercé notre enfance. Toutes les filles ont rêvé au moins une fois du Prince charmant mais il arrive plus souvent qu’on ne le croit que celui-ci ne se métamorphose en crapaud ou que la belle princesse ne se transforme en mégère.
Rien de vraiment anecdotique pour Myriam Lakhdar, conseillère conjugale : « chacun des époux transfère ses références personnelles : son éducation, ses angoisses, ses fantasmes…La première année les deux tourtereaux doivent ensemble appréhender cela, et décoller voir arracher, les images imaginaires et aliénantes qu’ils avaient du mariage, un peu comme on pèle un artichaut pour en extraire le cœur. Or cette démarche peut être douloureuse » Une mésaventure vécue par Lila, fiancée de longue date, qui pensait donc être à l’abri de mauvaises surprises. Un conte de fée qui vire au cauchemar!
Une mésaventure vécue par Lila, fiancée de longue date, qui pensait donc être à l’abri de mauvaises surprises.
Lila et Farid se sont rencontrés sur les bancs du lycée en Tunisie. Avant de tomber amoureux, ils sont amis, se raccompagnent après leurs cours, révisent ensemble, bref apprennent à se connaître. Les deux jeunes tourtereaux décident d’officialiser à 20 ans, leur amour auprès de leurs parents, d’autant plus que Farid doit s’envoler pour la France : « le jour des fiançailles était pour moi, le plus beau jour de ma vie. J’imaginais notre vie future basée sur le respect et l’honnêteté » évoque avec nostalgie Lila. Les premiers mois de séparation sont terribles, puis s’installe la routine : « les lettres, les appels téléphoniques et les retrouvailles en été. ». Ces amies lui envient même son bonheur : « elles n’arrêtaient pas de me dire que c’était une perle, tout cela parce qu’il me ramenait des cadeaux de France ». La cérémonie est fixée à l’été 2005. Une date attendue avec impatience par Lila, « je n’imaginais pas à quel point ma vie allait changer » confesse-t-elle, avec déception. A peine mariée, Lila apprend qu’elle ne pourra pas s’envoler avec son époux, Farid n’ayant pas tous les documents nécessaires pour déposer une demande de visa. Ces tracasseries administratives enveniment les relations du jeune couple, car Lila doit patienter chez ses parents, une attente qui lui pèse. Les fâcheries succèdent aux mots doux. Le précieux sésame enfin prêt, elle rejoint son époux en France et « tombe de très haut ». Farid lui a soigneusement caché sa situation financière, criblé de dettes, il vivote au jour le jour, et boucle ses fins de mois grâce à ses parents. Elle qui imaginait, s’installer dans un charmant petit appartement parisien, débarque dans une sordide chambre de bonne, propriété de ses beaux-parents : « c’était très petit, sale et bruyant, j’avais honte pour lui » se souvient-t-elle. Une énorme déception, doublée d’un sentiment de trahison : « j’avais confiance en lui, je croyais bien le connaître ». Dépendante financièrement, Lila supporte mal les privations que lui impose son mari, l’argent devient donc source de disputes. Un climat intenable, que fuit Farid en rentrant souvent au petit matin, ivre. Il finit par lever la main sur Lila. L’annonce de la grossesse de sa femme et les remontrances de ses parents agissent comme un électrochoc sur Farid, qui renonce petit à petit aux sorties tardives et à l’alcool. Grâce à l’aide des beaux-parents qui se portent caution, le couple a emménagé dans un appartement plus grand et tente aujourd’hui de se reconstruire par amour pour leur petite fille. Mais comme l’avoue Lila : « il est difficile de tourner la page, j’essaye de le persuader de nous faire aider par une conseillère matrimoniale ». Mieux se connaître pour mieux s’aimer :
Un «happy-end », qu’aurait vraisemblablement aimé vivre Karima, fraîchement divorcée : « pourtant, j’ai pardonné les mensonges, les omissions ».
Une histoire qui débute sur le net, sur un site de rencontre maghrébine, «sur sa fiche, il avait indiqué, recherche histoire sérieuse en vue du mariage mais ne précisait pas qu’il était en situation irrégulière ». Rapidement, ils décident de s’unir malgré les mises en garde répétées des amis de Karima : «on était tout les deux trentenaires, on ne voyait pas pourquoi attendre. ». Mais dès les premiers jours, la mésentente s’installe, « il voulait que je cuisine comme sa mère, ne participait pas aux tâches ménagères, rentrait tard, envoyait tout son argent à sa mère en Algérie » et quand elle découvre qu’il continue les « flirts sur le net », le ciel lui tombe sur la tête. Après deux ans de vie commune, la séparation devient inévitable. Karima reconnaît aujourd’hui sa précipitation et son manque de lucidité : « Je ne me suis pas posée les bonnes questions » Mais pas seulement, « Les deux amants, après avoir voulu et cru pouvoir ne former qu’un seul être, vont s’interroger et s’apercevoir qu’ils ne sont pas l’autre, qu’ils sont différents. Leurs besoins ne sont réellement pas les mêmes : c'est ce qu'ils vont comprendre, parfois à leur dépend » explique Myriam Lakhdar. « Si vous demandez à la plupart de ces couples, pour quelle raison, ils sont mariés, ils vous répondront à coup sûr : « car nous nous aimons ». Mais la meilleure des réponses ne serait-elle pas « parce que nous nous connaissons bien » ? S’interroge Kamel, heureux en couple et fier de l’être. Pour ce jeune cadre, « Il n’existe pas de recette miracle » mais les bases du mariage doivent se construire avec méthodologie : « Il est évident qu’on doit se poser les bonnes questions: « Quelle éducation pour les enfants ? Comment gérer l’argent du ménage ? ». Aujourd’hui, lui qui avoue « avoir privilégié, la raison à la passion, » aime tendrement son épouse.
Une analyse partagée par Myriam Lakhdar : « Jadis, nos aïeuls se mariaient pour assurer leur survie, leur longévité ; aujourd’hui, les jeunes gens se marient pour connaître l’amour - passion et le bien-être émotionnel… »
Attention, si vous avez passé le cap des sept premières années de mariage, réputées les plus difficiles, ne criez pas victoire pour autant. Les psychologues ont identifié, une seconde période de fragilité qui se situerait aux alentours des 14 ans de mariage. Elle s’explique par l’indépendance plus grande des enfants, ce qui laisse aux parents du temps pour réfléchir à leur relation et faire le bilan des années passées. Nadia Hathroubi-Safsaf Vendredi 4 Avril 2008
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