Petits abus équitables...
Le commerce équitable est un secteur en pleine croissance. Mais face à la multiplication des labels, la France s’inquiète de dérives de plus en plus courantes.
Dépenser plus pour un café ou un pull ? Oui si c’est pour aider les pays du Sud. C’est ce qui resort d’une enquête Sofres de mars 2006. Le commerce équitable fait de plus en plus d’émules en France. Tellement d’adeptes que les pouvoirs publics, qui ont déjà légiféré sur le sujet, veulent aller plus loin pour encadrer ce marché de l’éthique. La loi du 2 août 2005 posait, déjà, les bases des conditions commerciales du concept en définissant le commerce équitable comme « un moyen d’organiser des échanges de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en voie de développement ». La prise de conscience des politiques est liée à l’explosion des chiffres d’affaires. En 2006, le commerce équitable rapporte en France presque 10 millions d’euros. Or aujourd’hui, il n’existe aucune garantie publique sur les conditions d’obtention d’un label « commerce équitable ». Jusqu’ici les politiques s’étaient fiés à la notoriété de certaines marques. Signe de la confiance portée à ces labels, le ministère des affaires étrangères offre, en 2003, une enveloppe de 5 millions d’euros aux associations investies dans le commerce équitable. Ainsi, Max Havelaar, qui représente 80% des produits certifiés équitables sur le marché français, bénéficie d’une aide importante pour financer des campagnes d’information auprès du grand public. L’opération fonctionne car la marque devient l’un des emblèmes de ce concept. Même si la vente éthique reste peu élevée en France- 0, 02% du commerce- on ne peut nier son évolution constante. Les chiffres parlent d’eux même : depuis 2000, le secteur connaît une croissance de 20% avec des débouchés, principalement, européens. Il y a, donc, urgence à offrir un cadre législatif clair et cohérent à ce marché en pleine expansion. Signe des premières dérives, en 2005, la direction de la consommation ( DGCCRF) contrôle 55 distributeurs de commerce équitable et conclut à « des anomalies constatées sur le respect des règles générales de qualités, de sécurité et commerciales ». Le commerce équitable repose sur l’engagement citoyen du consommateur. C’est là que le bât blesse. Pour l’acheteur, il s’agit d’un contrat commercial mais surtout éthique. Je consomme équitable et participe à l’amélioration des conditions de vie dans le Sud. En contrepartie, j’exige transparence et qualité des produits. Les pouvoirs publics ont un rôle clé à jouer pour encadrer les règles du commerce éthique. Rappelons que 60% des Français ont confiance dans les produits issus de ce secteur ( étude TNS pour Malongo- mars 2006). On comprend pourquoi la filière ne ressortirait pas indemne d’un scandale. La France, qui fait figure de précurseur dans la législation du commerce équitable, veut garder la main sur cette question. A elle d’agir vite, ses voisins européens s’attaquent déjà à la question. Nadia Moulaï Dimanche 3 Juin 2007
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