Saliha Bachiri danse pour l’Algérie
Chorégraphe, danseuse, Saliha Bachiri fonde en 1987, la Compagnie Mistouta.
Elle y enseigne depuis une vingtaine d’années sa passion des danses traditionnelles maghrébines. Née en France, elle revendique haut et fort ses origines algériennes. Interview d'une danseuse atypique. Les cheveux courts, un sourire mutin, Saliha Bachiri a les yeux qui brillent quand elle parle de sa passion, la danse. Comment est née votre passion pour la danse ? C’est assez curieux, j’ai rencontré la danse contemporaine en Algérie, dans un stage de danse au centre culturel français. C’était un cours de Françoise Dupuis, la pionnière de la danse contemporaine. Je me suis dis, après mes études, de journalisme, je ferais son l’école. Puis finalement après mon bac, j’ai fait seulement une année de journalisme et j’ai intégré l’école de danse. Votre compagnie Mistouta existe depuis 15 ans : Comment est-elle née ? Que signifie son nom ? La compagnie est née en 1987, je voulais mettre un terme aux amalgames entre danses maghrébines et danses orientales. Les femmes maghrébines, elles même ignorent la richesse de leurs danses. Tout est dans le même sac. Cet amalgame est né du regard colonialiste et orientaliste, il nie toute spécificité. Parler de danse orientale au Maghreb, c’est faire des raccourcis erronés. Mistouta vient du vocable algérien « m’stout » qui signifie, les commères. C’est une image autour du langage, quand je danse, je parle avec mon corps. Pourquoi avoir choisi de mêler danses contemporaines et danses traditionnelles ? J’avais envie de faire un travail de création mais surtout de mettre en avant le parcours de l’immigré. Cette ouverture sur les deux mondes, ces connexions permanentes qui caractérisent la vie de ces gens toujours dans l’entre-deux. Quel est le message de votre spectacle « l’une devenant la mémoire de l’autre »? J’ai beaucoup pensé à ma mère, aux femmes immigrées, je trouve qu’elles avaient beaucoup de courage de quitter leur pays pour l’inconnu. Je suis admirative par leur capacité à s’adapter, des vrais caméléons  En France, elles se taisaient, elles étaient en suspens, puis là-bas, elles étaient gaies, sûres d’elles même. Je me suis aussi inspirée de leur volonté de s’intégrer à la société française. Elles pensaient s’habiller à la Française en portant des jupes plissées, des cardigans, des foulards à la Brigitte Bardot mais elles ne démarquaient quand même avec leurs couleurs vives, les motifs à fleurs. Je les trouvais belles. Ce spectacle, c’est un hommage à ces femmes. Qu'avez vous pensé de l’année de l’Algérie en France en 2003 ? C’était bien de mettre en avant des algériens, mais il faut penser aux artistes algériens de France. Puis l’Algérie appartient à tout le monde et pas seulement à un groupe d’individus. Ceux qui nous gouvernent, ne nous représentent pas. Par exemple, quand on invite les officiels à nos spectacles, ils ne viennent pas. Si la France a cautionné cette vitrine lisse de l’Algérie, c’est par intérêts économiques. J’ai beaucoup discuté, débattu autour de cette année de l’Algérie, le boycott n’était pas une solution, au contraire nous devions saisir cette opportunité pour faire découvrir notre travail. Avec Moussa Lebkiri (auteur, comédien) et sous le parrainage du chanteur Idir, nous avions mis en place l’année off de l’Algérie, pour mettre en avant les autres visages de l’Algérie. Propos recueillis par Nadia Hathroubi-Safsaf Lundi 5 Février 2007
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